Le plaisir: un voyage magique!

Il est des choses que l’on fait par plaisir. Et d’autres pour faire plaisir.

Aucun plaisir ne prime. Parfois le plaisir et le faire plaisir se mêlent.

Certains tirent leur plaisir du plaisir vécu par l’autre. D’autres s’offrent au plaisir de l’autre sans en tirer quoi que ce soit.

Ces notions sont subjectives. Ce que je ressens / comprends du plaisir ou du faire plaisir ne s’accordera pas forcément au ressenti / à la compréhension de tel autre.

Le plaisir de l’autre au détriment du sien. C’est quelque chose que je ne saisis pas. Pour l’avoir trop pratiqué peut-être. Pour avoir laissé le plaisir de l’autre faire du mien un vulgaire accessoire, un à-côté sans intérêt, sans importance.

Revenons-en au plaisir, à celui que l’on offre, plus précisément. Et que l’on prend aussi. Le donner implique que l’on regarde l’autre, que l’on s’imprègne de ce que l’autre vit, au moment où nos mains, nos bouches, nos sens l’effleurent, le touchent.

L’autre peut parfois rester indéchiffrable, c’est vrai. Alors mieux vaut les mots peut-être. Le plaisir est si riche, qu’il se décline à l’infini et se vit aussi, intensément, en soi et dans sa rencontre à l’autre. S’il est contenu, il devient triste. Un plaisir triste ce n’est plus du plaisir. Le plaisir s’inscrit dans un mystère, dans l’inconnu. Il se réécrit à chaque instant.

Je regarde beaucoup les femmes. Je les étudie. Je suis parfois fascinée et parfois déconcertée. Certaines semblent se plier à des volontés ou bien faire par habitude. Une caresse par habitude, quelle horreur ! Elles continuent leur ballet, sans passion. C’est pourtant tout, la passion. La sensualité, la grâce, la volupté. C’est quand même quelque chose de magique. Le toucher, quel qu’il soit, fait passer des messages. Les terminaisons nerveuses envoient des signaux. Il suffit d’un peu d’attention. A l’autre. A soi. Une caresse est un voyage, un vol d’oiseau, une explosion.

Ce n’est pas juste une caresse. Ce n’est pas juste du plaisir.

C’est l’expression pleine et entière de qui l’on est et de ce que l’on souhaite partager voir abandonner à l’autre. C’est une rencontre. Comme on le ferait pour un rendez-vous, s’apprêter, y inviter quelques grammes de soie, un peu de dentelle, un soupçon de fantaisie. Et se laisser emporter dans le tourbillon qui nous promet de splendides destinations…

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Paris Libertin #8

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Son corps à elle se laisse porter, manipuler. Ses sensations sont insaisissables. Son corps ne dit rien ou presque. Il ne laisse rien filtrer. Il ne dit ni « oui » ni « non ». Il murmure tout juste. Il nous file entre les doigts. Il n’attend rien. Il ne donne rien. Alors on le laisse tranquille.

Son corps à lui s’offre. Sans équivoque. On le sent vibrer. On le sent plein de plaisir à faire naître. Son corps dit tout. Il donne tout. Nos doigts glissent dessus et découvrent des paysages inconnus. Ses doigts glissent en nous et font jaillir l’ivresse. On y prend goût. Son envie grandissante s’invite dans notre bouche. Doucement. La sensualité est de mise, le jeu savoureux.

Il va s’arrêter pourtant. On va s’écarter.

Les deux corps ne vibrent pas de la même intensité. Leurs désirs se déclinent au singulier. C’est dommage. A quatre, c’est beaucoup mieux. Quand l’un est lésé, le plaisir se tarit petit à petit. On recherche alors un toucher connu, une bouche voluptueuse à embrasser, l’odeur de la jouissance partagée.

Entre deux orages

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Crédit Pixabay

Annabella se souvient…

Du soleil, celui qui brûlait le toit des maisons. Un soleil sec et constant. Un soleil d’été, qui n’étouffait pas mais forçait les plus jeunes et les plus âgés  à choisir le calme du dedans, le froid derrière les volets clos.
Elle se souvient de l’eau qui coulait dans un lent mouvement épousant les contours des ombres sur la place. Elle inondait les allées et les terrasses. Rafraîchissante. Enivrante.
Elle se souvient de l’horizon, orgueilleux, qui volait rêves de voyage, désirs d’aventure. Il n’y avait rien d’autre que le soleil et l’eau. Rien qui ne soit autre que l’attente de lendemains moins hostiles.

Annabella se souvient de Diego. Il ne restait que ça pour tenir. Il ne restait que la sauvagerie de son regard, bleu, noir, elle ne pouvait se décider sur la couleur. Toujours pas.
Diego était arrivé avec le souffle du vent d’été, entre deux orages. Multiple. La puissance de l’éclair striant le ciel de gerbes phosphorescentes.
Elle se souvient de l’odeur du jour, des haubans des bateaux qui claquaient, vision chaotique d’un monde qui changeait. Et son regard encore, perçant, soumis à un code qu’il fallait décrypter. Elle avait voulu essayer.

Il restait encore aujourd’hui un mystère. Il était parti comme il était venu, sans prévenir.
Alors elle se souvient des cicatrices sur sa peau. Traces blanches sur marron glacé. Des petites rigoles qui menaient au cœur de lui. Un monde.
Bien sûr, elle l’avait désiré à la première seconde comme toutes les autres. Et il l’avait senti. Il avait posé son empreinte sur ses désirs. Si facile. Il lisait en elle. Tout.

Annabella se souvient. Pour ne pas s’éteindre. Elle fait revivre l’éphémère pour ne pas s’évanouir. Dans ses bras elle s’était laissée aller à espérer autre chose. Il ne lui avait rien promis. Il n’en avait pas eu besoin. Un autre horizon. Un possible. C’était assez pour l’espérance.
Une main qui dégrafe. Une main qui écrase. Une main qui s’invite dans un espace courbé. Une main qui infiltre l’univers des passions. Fait de creux et de peau marquée du fer de l’intime obsession.
Une main rugueuse possessive qui contraint sans chercher à plaire, en quête de zones d’ombre à porter vers la lumière.
Ses mains, folles, courant à vive allure. Sur sa peau tiède et reposée. Ses doigts pris d’une frénésie joyeuse. Sa langue qui fouille l’intérieur, marque l’arrêt sur les notes chaudes. Son corps tout entier comme investi d’une mission.

Et elle. Offerte. Sans autre attente que celle d’un rivage d’eau claire, d’une forêt boisée. Elle dans son intimité exposée. Aux regards du monde. Son corps transi sous la brûlure. Son corps maintenu dans une étreinte flamboyante. Comme au cœur d’un feu d’artifice de sensations. Une variation inconnue. L’âme d’un corps invité au festin d’un autre corps. Et le vide sous ses pieds. Et le feu sous sa peau. Et l’éclat du diamant sur ses flancs. Et la volupté d’un baiser au creux d’une attente insoutenable. Celle du sommet des gratte-ciels invisibles.

Eux. Confondus. Épuisés. Mélange de liqueurs audacieuses. Juste un soupir qui tente de tout retenir, lui à l’intérieur, ses extrémités, ses blessures mises à mal par des ongles rageurs. L’écorce fragile mordue. Le sang mêlé au souffre. Puis plus rien.

Alors Annabella se souvient.

Retenir au moins ça, ces parcelles de vie. Son corps encore gracieux, convoité, appelé au plaisir. Le sentiment d’être complète. L’extase des hauteurs. Les cris étouffés dans les plis des draps blancs. Quelques grammes d’espoir bien cachés. Dans un dédale de morceaux d’azur égarés quelque part dans le vaste océan. De la poussière sur les toits des maisons. Le soleil de plomb qui sillonne la terre qu’elle n’a jamais quitté. Et ce regard fiévreux, cette allure cavalière, cette peau si chaude, ce torse si puissant. Oui ne se souvenir que de ça.

Et partir…

En lui, respire l’envie

Je sors de la douche et avance vers le salon, nue, quelques gouttes perlent au bout de ma chevelure. Et s’échouent sur ma peau, toute chaude. Il est au même endroit que tout à l’heure, sur son fauteuil, les yeux rivés sur le manuscrit qu’il doit finir de lire pour demain, une histoire sordide – la guerre l’est toujours. Il lève les yeux vers moi, je crois y déceler un sourire.

Ma peau se languit de lui. Quand je lui ai proposé pour la douche, il a esquissé un geste de la main, comme pour me dire qu’il n’était pas prêt. Il savait qu’en m’accompagnant il pouvait dire adieu à son roman jusqu’à une heure avancée de la journée.

J’enfile une chemise, pour me réchauffer. A défaut de pouvoir avoir ses bras dans lesquels me lover. Un magazine pour patienter fera l’affaire. A moins que je n’arrive à coups de déhanchés et d’œillades entendues à le faire décrocher. La mort ne l’intéresse pas, il lui préfère la gourmandise de la vie. Je perçois son combat intérieur. Il n’accroche plus avec les lignes, il a perdu le fil de sa lecture. Il résiste pourtant à l’envie de poser l’ouvrage et de me rejoindre. C’en est presque jouissif de le voir autant hésiter.

Je sais qu’il va craquer…

En elle, respire la vie

Du fauteuil où je suis assis, par dessus la couverture de mon livre – un pavé de quelques mille pages qui relate les exploits d’un héros dans la fulgurance d’une guerre impitoyable, elles le sont toutes – je la regarde. Elle me fait l’effet d’un océan de fraicheur au milieu du carnage dans lequel mon imagination se perd à mesure des pages qui défilent.

Elle semble s’ennuyer dans sa peau sage. Quelques gouttes s’y promènent encore, l’eau vient de couler sur son corps chaud, le savon vient d’épouser chaque centimètre de son unité. Et j’ai préféré rester perché sur mon toit du monde aux allure d’apocalypse plutôt que de m’enfuir avec elle sous le jet puissant, aux milles saveurs.

Elle enfile une chemise, quelque chose qui s’enroule autour d’elle et la rend encore plus désirable. Je trace d’hypothétiques fantasmes sur l’écran de ses pensées. Elle attend que je pose l’ouvrage, c’est certain. Mais je reste là, à contempler la vie qui la traverse, enfermé dans mon silence de mort.

Elle s’assoit dans le fauteuil en face de moi. Ses yeux sont deux billes de Sodalite qui me fixent et ne me laissent aucune chance de m’échapper. Elle prend une revue sur la table basse et la vision de sa poitrine, ronde, joliment dessinée, me rattrape. Le livre pèse lourd dans mes mains, je tente de revenir à ma lecture, mais les lignes s’entrechoquent.

Tout en elle respire l’envie. De moi. De nos êtres appelés à nous accueillir mutuellement. Je vais devoir délaisser mes morts un moment.

Le “combat” se joue ailleurs désormais.

L’amour avec toi

L’accord qui nous unit est vif, passionné, un peu fou, vital. Mon souffle se tord quand ma peau se colle à la tienne. Et s’imprime le désir immédiat de la fusion de nos êtres. Pas de peut-être.

Comment sais-tu ce dont j’ai besoin, là, à l’instant précis où ton énergie se noie entre mes cuisses? Comment sais-tu ce dont j’ai envie, là, à l’instant précis où mon énergie reçoit la tienne?

Faire l’amour avec toi est un voyage, un mystère, la magie incarnée. Le temps file dans le mouvement de nos corps qui s’aiment, jusqu’à ne plus sentir qu’une vague submerger nos sens. Si je me laisse aller alors je suis dans chaque mouvement, chaque dose de plaisir que tes mains, ton sexe, tes doigts, ta bouche me procurent. C’est enivrant. Mon corps te reçoit, se tend, accueille le choc, crie le plaisir qui me submerge sans savoir si je pourrais aller au bout. Ton corps entier me retient et je m’évanouis, riche de tant de toi.

Que ressens-tu dans ces moments là? Comment vis-tu cet impact?

Le temps d’avant était un temps lent, de peurs, d’attente, de “pas assez”. Il n’y avait ni partage, ni écoute. Juste une envie impalpable à assouvir et au creux du ventre une douleur sourde qui grandissait. Des injonctions à faire, à être. J’attendais que ça passe et les heures s’allongeaient. Le temps du désamour…

Tout était vide.

Aujourd’hui tout est vie!

Le rideau se lève…

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Copyright Hédoné

Le rideau se lève
Et le monde s’enflamme
Au contact d’Ève
Dont le corps se pâme

Entrelacs de dentelle noire
Sur les peaux laiteuses
Le mystère creuse son sillon
Entre alcôves et passion

Elle frissonne
Sa peau entière fredonne
Une mélodie comme une danse
Qui dans une transe, suave
Lui donne un air –  animal

Le rideau se lève
Sur des ombres amazones
Tenant en bouche la virilité
Nymphes en pâmoison
Absorbant le philtre enchanté

Entrelacs de jambes, de mains
De vallées, de courbes, de creux, de bassins
Éblouissement des sens
Sous le ciel bleu ivre de la nuit

L’orgasme féminin – une œuvre d’art

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Elle était là, le visage entre sa bouche et la mienne, le corps abandonné sur le rivage d’une étreinte passionnée. Je regardais son corps voguant sur la vague de spasmes qui le portaient haut puis le déposait, entre mes caresses.

Je respirais le murmure de son souffle, aspirait ses lèvres, sa bouche, avant qu’elle ne se porte ailleurs et que sa bouche à lui vienne cueillir ses lèvres. Et toujours son corps qui sursautait, son sexe envahit par un orgasme qui enflait à mesure que nos corps se rapprochaient.

On parle de l’orgasme des femmes mais sait-on à quel point c’est beau, d’en être témoin, à quel point le corps qui cède sous l’impulsion des assauts s’offre sans fard, se livre dépourvu de toute hostilité, à quel point on s’approche sans trop y croire de la naissance d’une œuvre d’art.

La voir, là, presque animale, accrochée à la dernière secousse, a ouvert en moi une brèche, m’a transportée au delà du connu, de l’imaginé, dans un espace où je n’étais plus moi, où elle n’était plus elle, où le monde autour n’était plus qu’un océan de jouissance. Et dans lequel j’ai accueilli la sienne, en tremblant.