La puissance d’un regard

J’ai regardé leurs mains liées
Il y avait quelque chose de particulier dans ce geste
D’intemporel dans ce rapprochement intime

Leurs mains se parlaient
Oui, elle disaient la vie et l’amour
Et l’envie peut-être aussi

Leurs yeux se cherchaient
Ils se trouvaient puis se dérobaient

Il y a quelque chose de profondément délicat
Dans un regard amoureux
Il voit au delà des pupilles et de l’iris
Le regard amoureux rentre à l’intérieur
Il met à nu, complètement
Il déshabille l’être
Entièrement
On se tient alors vulnérable devant l’autre
Fantasmes, envies, désirs, limites, peurs
Livrées
Le regard amoureux brise l’armure
La protection
On ne peut mentir
On ne peut se traverstir
Il est même parfois délicat de soutenir le regard
De celui ou de celle qui nous perce à jour
Alors on esquive
On baisse les yeux
Par pudeur
Comme si ce que nous cachons si bien
Devait être préservé
Alors même que c’est dans cette relation à l’autre
Que le sublime, le sensuel, la volupté existent
L’autre dont le regard amoureux
Au lieu de nous contraindre
Nous porte vers la vie.

Dites-mois ce que vous inspire le regard? Regardez-vous facilement dans les yeux? Ou est-ce quelque chose qui vous fait peur? 

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Assumer ses choix…

Près d’où nous nous tenions, il y avait des femmes. Robes noires, courtes ou pas, un peu décolletées sûrement et talons hauts, sans aucune doute. Je ne regardais pas forcément dans cette direction. Ce sont les mots – comme toujours, les mots, leur poids – qui m’ont fait tourner la tête.

Des femmes et des hommes aussi. Rien de plus normal. Un samedi soir. Dans un coin animé de la ville. Qui se dirigeaient vers une porte. Discrète. Lumières tamisées. Ils étaient comme vous et moi. Et en quelques secondes à peine, on leur avait collé une étiquette. Pas la plus belle!

En d’autres temps, j’aurais utilisé le même mot. “glauque”. Tout ce qu’on ne connait pas, qu’on imagine à partir de plein d’images, plein d’interdits, plein de peurs l’est. On pourrait dire “étrange” mais c’est moins appuyé que “glauque”. Dans “glauque” il y a presque la notion de “mal”, de “sale”. Un travers, une inclinaison douteuse. Une sexualité qui dérange. Qui n’est pas “normale”.

L’échangisme a cette réputation. D’ailleurs je trouve le mot “échangisme” réducteur. Club échangiste, c’est comme ça qu’on appelle ces endroits, ces alcôves sombres où les corps se partagent sans pudeur, se donnent du plaisir, s’exhibent en toute liberté. On ne sait pas vraiment ce qui se trame derrière ces portes closes. On laisse notre imagination faire le travail. Et elle est très douée pour ça. Pour nous mettre plein d’idées biscornues dans la tête. Je préfère le terme “libertin” mais ce n’est qu’une question de sémantique. Le libertinage n’a pas bonne réputation non plus. Un peu trop dévergondé pour la bonne société.

Je n’ai rien dit. J’ai été de ce côté aussi. Sans toutefois jugé qui que ce soit. Ce n’était juste pas pour moi. Je n’ai rien dit. Je suis restée en dehors de la conversation. Et elle s’est éteinte d’elle-même – ces personnes ne méritaient pas qu’on s’y intéresse. J’aurai bien aimé pourtant avoir l’audace de lancer le débat, de savoir ce qui se cachait à l’intérieure de chacune des personnes qui étaient là – mes amies de longue date. Savoir si il y avait un quelconque fantasme qui les liait à un tel lieu. Savoir comment elles voyaient les choses, si c’est la peur ou la pudeur qui les faisaient parler ainsi, même si elles se sentaient épanouies dans leur vie intime. Juste pour voir jusqu’où on pouvait aller dans les confidences, ce qu’on pouvait vraiment se dire, ce qu’on pouvait vraiment entendre, écouter les unes des autres.

Je ne l’ai pas fait. Je ne me suis pas pour autant sentie blessée par leur jugement. Qui ne m’était pas destiné. Juste un peu perdue. Était-ce un manque de confiance ou la peur d’être regardée de travers qui m’avait fait agir ainsi?

Un jour j’aurai peut-être, je l’espère, le courage d’assumer mes choix.

Entre deux orages

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Crédit Pixabay

Annabella se souvient…

Du soleil, celui qui brûlait le toit des maisons. Un soleil sec et constant. Un soleil d’été, qui n’étouffait pas mais forçait les plus jeunes et les plus âgés  à choisir le calme du dedans, le froid derrière les volets clos.
Elle se souvient de l’eau qui coulait dans un lent mouvement épousant les contours des ombres sur la place. Elle inondait les allées et les terrasses. Rafraîchissante. Enivrante.
Elle se souvient de l’horizon, orgueilleux, qui volait rêves de voyage, désirs d’aventure. Il n’y avait rien d’autre que le soleil et l’eau. Rien qui ne soit autre que l’attente de lendemains moins hostiles.

Annabella se souvient de Diego. Il ne restait que ça pour tenir. Il ne restait que la sauvagerie de son regard, bleu, noir, elle ne pouvait se décider sur la couleur. Toujours pas.
Diego était arrivé avec le souffle du vent d’été, entre deux orages. Multiple. La puissance de l’éclair striant le ciel de gerbes phosphorescentes.
Elle se souvient de l’odeur du jour, des haubans des bateaux qui claquaient, vision chaotique d’un monde qui changeait. Et son regard encore, perçant, soumis à un code qu’il fallait décrypter. Elle avait voulu essayer.

Il restait encore aujourd’hui un mystère. Il était parti comme il était venu, sans prévenir.
Alors elle se souvient des cicatrices sur sa peau. Traces blanches sur marron glacé. Des petites rigoles qui menaient au cœur de lui. Un monde.
Bien sûr, elle l’avait désiré à la première seconde comme toutes les autres. Et il l’avait senti. Il avait posé son empreinte sur ses désirs. Si facile. Il lisait en elle. Tout.

Annabella se souvient. Pour ne pas s’éteindre. Elle fait revivre l’éphémère pour ne pas s’évanouir. Dans ses bras elle s’était laissée aller à espérer autre chose. Il ne lui avait rien promis. Il n’en avait pas eu besoin. Un autre horizon. Un possible. C’était assez pour l’espérance.
Une main qui dégrafe. Une main qui écrase. Une main qui s’invite dans un espace courbé. Une main qui infiltre l’univers des passions. Fait de creux et de peau marquée du fer de l’intime obsession.
Une main rugueuse possessive qui contraint sans chercher à plaire, en quête de zones d’ombre à porter vers la lumière.
Ses mains, folles, courant à vive allure. Sur sa peau tiède et reposée. Ses doigts pris d’une frénésie joyeuse. Sa langue qui fouille l’intérieur, marque l’arrêt sur les notes chaudes. Son corps tout entier comme investi d’une mission.

Et elle. Offerte. Sans autre attente que celle d’un rivage d’eau claire, d’une forêt boisée. Elle dans son intimité exposée. Aux regards du monde. Son corps transi sous la brûlure. Son corps maintenu dans une étreinte flamboyante. Comme au cœur d’un feu d’artifice de sensations. Une variation inconnue. L’âme d’un corps invité au festin d’un autre corps. Et le vide sous ses pieds. Et le feu sous sa peau. Et l’éclat du diamant sur ses flancs. Et la volupté d’un baiser au creux d’une attente insoutenable. Celle du sommet des gratte-ciels invisibles.

Eux. Confondus. Épuisés. Mélange de liqueurs audacieuses. Juste un soupir qui tente de tout retenir, lui à l’intérieur, ses extrémités, ses blessures mises à mal par des ongles rageurs. L’écorce fragile mordue. Le sang mêlé au souffre. Puis plus rien.

Alors Annabella se souvient.

Retenir au moins ça, ces parcelles de vie. Son corps encore gracieux, convoité, appelé au plaisir. Le sentiment d’être complète. L’extase des hauteurs. Les cris étouffés dans les plis des draps blancs. Quelques grammes d’espoir bien cachés. Dans un dédale de morceaux d’azur égarés quelque part dans le vaste océan. De la poussière sur les toits des maisons. Le soleil de plomb qui sillonne la terre qu’elle n’a jamais quitté. Et ce regard fiévreux, cette allure cavalière, cette peau si chaude, ce torse si puissant. Oui ne se souvenir que de ça.

Et partir…

Sans un mot

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Elle avance. Dans la lumière tamisée de la pièce. Les regards des uns et des autres se perdent au détour de sa silhouette cambrée. Ses talons accentuent sa démarche. Ses talons, sa richesse, tout ce qu’elle porte. Son corps entier, nu, frissonne.

Elle attend. Si elle pense, elle fait marche arrière. Alors elle ne pense pas. Elle l’attend là. Comme c’était prévu. Juste avec ses talons. Personne ne dit rien. Et personne ne fait rien.

Elle reste attentive aux bruits, aux murmures, aux pas. Elle reconnaîtra les siens. Elle saura. Pour le moment, elle entend battre son cœur. Elle s’habitue à l’ambiance. Elle devine des ombres. Juste ça.

Il arrive. Elle reste droite. Elle attend jusqu’à ce qu’elle sente ses doigts autour de son cou, Une pression familière. Il serre un peu plus que d’habitude. Elle sent sa chaleur près de son corps. Et le souffle d’un ruban de soie qui prend la place de ses mains.

Elle attend. Elle ne sait rien de la suite.

Sans un mot, il la guide sur le velours d’un lit. Elle s’allonge, sans un mot. Elle distingue des pas qui se rapprochent. Elle regarde droit devant. Comme c’était prévu. Elle saisit des corps près de son corps. Puis des vagues de mains extatiques, des lèvres aventureuses. Le plaisir se disperse, l’angoisse, l’excite. Elle attend plus.

Puis les corps disparaissent. Il revient sur le devant de la scène. Il prend possession des lieux. D’elle. Il investit son corps de ses doigts brûlants. Il écarte ses cuisses. Elle sent un liquide glacé couler sur son pubis épilé . Elle retient un cri. Pas un mot surtout. Il a dû sentir son hésitation. Il s’arrache des profondeurs de son intérieur. Ses doigts se détachent d’elle. Puis reviennent. Ils sont faits de lianes. Elles s’enroulent autour d’elle. Elles glissent, s’imprègnent du terrain de jeu.

Elle attend. Il la soulève, la retourne. Elle se laisse faire. Sans un mot. Elle ne croise jamais son regard. Ce qui était prévu. Il prend un homme dans l’assistance. Il vient le placer devant elle. Elle, à genoux. Il lui ouvre la bouche et elle sent son palais être possédé par un membre tendu, qu’elle accueille. Celui de l’homme. Lui, il continue avec le cuir. Il longe sa colonne vertébrale, prend son temps. Il s’arrête sur ses fesses. Il remarque les talons. Il frappe une première fois. Sec et précis. Elle sursaute. Il enchaine. Un peu plus vif. Elle prend la mesure. Il augmente la cadence. Elle a toujours la verge de l’homme dans la bouche. Et autour, des dizaines d’yeux braqués sur elle. Elle est désormais là sans être là.

Il regarde les élans de plaisir de son corps qu’elle ne semble plus pouvoir contenir. Sa bouche continue son va et vient sur toute la longueur de l’érection de l’homme. Il la libère.

Elle attend. Il prendra un deuxième. Et un troisième homme. Il la regardera sucer avec la même ardeur chacun d’entre eux. A genoux encore, les mains liées cette fois. Il leur demandera de se répandre sur sa poitrine.

Elle le veut lui. Mais elle sait qu’elle ne doit rien dire.

Elle attend. Qu’il lui donne le feu vert du départ. Elle ne croise pas son regard.

Elle emporte ses talons et son corps libre loin de la pièce tamisée. Comme c’était convenu. Sans un mot.

Confession Libertine #4

On en parlait. Non. Tu en parlais.
Moi, je me cachais derrière mes peurs. Tant de peurs. De ne pas être assez. Sûrement. Un autre monde. Une autre histoire. La mienne. La tienne. Sans la connaître, j’ai crains de ne pas être à sa hauteur, à la hauteur de ce que tu avais vécu, ressenti, éprouvé…

On en parlait un peu. A chaque fois je me disais qu’il ne fallait pas. Trop dangereux. Pas vraiment à l’aise. Je ne savais pas qui j’étais. Ni de quoi j’étais capable. Je craignais une sorte de dépendance. Et de ce que ça voulait dire. Pour toi. Et moi.

Il y a eu des soirées euphoriques. D’autres où rentrer sans toi me laissait le cœur chancelant. Je ne savais pas vraiment où j’en étais.
Il y a eu des soirées sensuelles au possible. Et d’autres où je perdais ton regard. Et c’était terrible à l’intérieur de moi. Juste à l’intérieur.

Il y a eu une soirée où j’ai eu l’impression d’être un objet. Et tant d’autres où je me suis sentie pleinement femme. Pleinement moi. C’était dérangeant. Puis c’était enthousiasmant. C’était étrange. Tellement loin de cette image bien cadrée que j’avais de moi. Une image sous contrôle. Et d’un coup être libre, ne plus se soucier de ce qui est “bien” ou “mal”. Juste vivre. Voilà c’est ça. Tu m’apprends à vivre. A faire des expériences. Sans les juger. Sans me juger.

Il y a eu tant de moments complices. Ce sont les meilleurs. Où nos plaisirs s’accordent. Nos envies se conjuguent.

On en parle. J’en parle beaucoup plus facilement. Je manque encore d’audace. Dans les gestes. Les mots. L’attitude. Je ne sais pas toujours. Ce que je peux être. Ce qui est moi. J’ai encore un peu peur parfois. Du trop. Du dérapage. Mais tu es là. Alors les peurs se défilent. Je m’affirme un peu plus. Je me fais un peu plus confiance. Je lâche prise un peu plus souvent. Je m’ouvre à la découverte de moi.

Le chant des sirènes

Elle connaissait par cœur la légende qui disait que par temps de pleine lune les pêcheurs entendaient la musique des sirènes. Attirés par leur chant, ils plongeaient dans les profondeurs de la mer. Plus loin, toujours plus loin. Ils les imaginaient féériques et enchanteresses, drapées d’une eau bleue turquoise, qui telle un halo, couvrait leur nudité. Plus ils s’approchaient, plus ils se sentaient happés par une force invisible qui leur ôtait tout contrôle. Leurs membres devenaient guimauves et leur mental divaguait. Ils ne voyaient que des ombres tournant autour d’eux, enroulant leur spectre autour de leurs corps lourds. Ils attendaient l’heure où ils pourraient amarrer et découvrir les profondeurs de l’île paradisiaque, sans se rendre compte qu’elle les posséderait bien avant.

Assise au coin du feu, elle écoutait, l’esprit ailleurs. Elle se demandait bien quand il rentrerait. S’il rentrait. La mer emportait tellement de vies. Elle les avait comptées au début. Puis surprise par la folie, elle avait stoppé ses calculs. Rien ne servait d’inviter la mort à chaque veillée. Elle s’imposait d’elle-même. A chaque départ des bateaux. Chaque retour. Chaque traversée portait en elle le sceau d’un hypothétique accident, d’un drame humain imprévisible.

Quand elle savait que l’aurore guettait son réveil, la nuit, elle se serrait contre lui davantage, se fondait dans le sillage de son parfum. Elle le savait plongé dans un sommeil fait de vagues et d’écume. Elle se laissait alors couler dans ses songes, devenant à son tour sirène aux cheveux d’ange, l’attirant dans ses filets, faits de dentelles et de rubans de soie. Elle le voulait prisonnier de son corsage, esclave de ses sens. Elle n’aspirait qu’à le retenir entre ses bras, ses draps, son coton confortable, les lianes du plaisir.

Au matin, il n’était plus là, lui évitant ainsi les affres du quai et les baisers langoureux qui portaient en eux un goût de trop peu. Elle scrutait alors l’horizon, croyant apercevoir sur l’azur un morceau de lui. Il restait son odeur quelque part. Et dans l’attente, des lambeaux d’espoir d’une étreinte, d’un corps à corps plus rassurant que passionnel, d’un chaos plus pénétrant qu’obsessionnel.

En lui, respire l’envie

Je sors de la douche et avance vers le salon, nue, quelques gouttes perlent au bout de ma chevelure. Et s’échouent sur ma peau, toute chaude. Il est au même endroit que tout à l’heure, sur son fauteuil, les yeux rivés sur le manuscrit qu’il doit finir de lire pour demain, une histoire sordide – la guerre l’est toujours. Il lève les yeux vers moi, je crois y déceler un sourire.

Ma peau se languit de lui. Quand je lui ai proposé pour la douche, il a esquissé un geste de la main, comme pour me dire qu’il n’était pas prêt. Il savait qu’en m’accompagnant il pouvait dire adieu à son roman jusqu’à une heure avancée de la journée.

J’enfile une chemise, pour me réchauffer. A défaut de pouvoir avoir ses bras dans lesquels me lover. Un magazine pour patienter fera l’affaire. A moins que je n’arrive à coups de déhanchés et d’œillades entendues à le faire décrocher. La mort ne l’intéresse pas, il lui préfère la gourmandise de la vie. Je perçois son combat intérieur. Il n’accroche plus avec les lignes, il a perdu le fil de sa lecture. Il résiste pourtant à l’envie de poser l’ouvrage et de me rejoindre. C’en est presque jouissif de le voir autant hésiter.

Je sais qu’il va craquer…

En elle, respire la vie

Du fauteuil où je suis assis, par dessus la couverture de mon livre – un pavé de quelques mille pages qui relate les exploits d’un héros dans la fulgurance d’une guerre impitoyable, elles le sont toutes – je la regarde. Elle me fait l’effet d’un océan de fraicheur au milieu du carnage dans lequel mon imagination se perd à mesure des pages qui défilent.

Elle semble s’ennuyer dans sa peau sage. Quelques gouttes s’y promènent encore, l’eau vient de couler sur son corps chaud, le savon vient d’épouser chaque centimètre de son unité. Et j’ai préféré rester perché sur mon toit du monde aux allure d’apocalypse plutôt que de m’enfuir avec elle sous le jet puissant, aux milles saveurs.

Elle enfile une chemise, quelque chose qui s’enroule autour d’elle et la rend encore plus désirable. Je trace d’hypothétiques fantasmes sur l’écran de ses pensées. Elle attend que je pose l’ouvrage, c’est certain. Mais je reste là, à contempler la vie qui la traverse, enfermé dans mon silence de mort.

Elle s’assoit dans le fauteuil en face de moi. Ses yeux sont deux billes de Sodalite qui me fixent et ne me laissent aucune chance de m’échapper. Elle prend une revue sur la table basse et la vision de sa poitrine, ronde, joliment dessinée, me rattrape. Le livre pèse lourd dans mes mains, je tente de revenir à ma lecture, mais les lignes s’entrechoquent.

Tout en elle respire l’envie. De moi. De nos êtres appelés à nous accueillir mutuellement. Je vais devoir délaisser mes morts un moment.

Le “combat” se joue ailleurs désormais.

Confession Libertine #3

Faire pour faire plaisir. Pour l’autre. Non. Ce n’est pas un concept qui m’est étranger pourtant. Depuis, j’ai appris.

La première fois, c’était un choix. De nous deux. Une découverte plutôt. Je ne savais pas à quoi m’attendre. Je ne savais pas comment j’allais réagir, ni interagir. Il n’y avait aucun enjeu, si ce n’était de passer un bon moment ensemble. Complices.

J’ai osé ce pas en toute liberté, après maintes et maintes discussions sur le sujet. Il était pour moi hors de question de poser un acte, juste pour lui faire plaisir, parce que lui en avait envie. J’ai préféré attendre d’être prête. Il a toujours été là pour répondre à mes interrogations et me rassurer. Le respect avant tout. De l’autre et de soi-même. Quand on ne se respecte pas, on fait souvent porter à l’autre le poids de nos choix, comme si ceux-ci avaient été quelque peu forcés. C’est rarement le cas. Nous nous mettons seuls la pression en pensant que l’autre nous aimera moins ou différemment si nous ne faisons pas telle ou telle chose.

Je pense qu’il faut être sur la même longueur d’ondes pour faire cette expérience. En parler bien sûr. Avant. Après. Pouvoir se dire les choses. Pouvoir dire “oui” et “non”. Aussi. A partir du moment où le plaisir n’est pas réciproque, il y a un déséquilibre qui ne peut qu’être nocif pour le couple. A force de compromis, on finit par nier ce qui compte pour nous.

Il nous arrive, en club, de voir des couples qui n’osent pas, qui préfèrent regarder. Chacun son rythme. Et d’autres dont l’un est sur la réserve, mal à l’aise. Et là, je trouve ça presque gênant. Parce qu’on ne sait pas comment se comporter, comment agir. On ne va pas se lancer dans une grande discussion philosophique au milieu d’un enchevêtrement de corps nus!

Le libertinage est vraiment pour moi une expérience de couple, donc si un des deux partenaires n’est pas partant pour telle ou telle pratique, rien ne sert de se / le forcer. Par exemple pour moi, l’échangisme est hors de question à l’heure actuelle. Nous en avons discuté et même si c’est un fantasme pour l’un, tant que l’autre ne le choisit pas, aucune raison d’aller plus loin. Tout peut changer. Nous pouvons évoluer. A nous de voir ce qui nous correspond à un instant T. Tant que le plaisir, la confiance, le partage restent nos valeurs clés!

L’amour avec toi

L’accord qui nous unit est vif, passionné, un peu fou, vital. Mon souffle se tord quand ma peau se colle à la tienne. Et s’imprime le désir immédiat de la fusion de nos êtres. Pas de peut-être.

Comment sais-tu ce dont j’ai besoin, là, à l’instant précis où ton énergie se noie entre mes cuisses? Comment sais-tu ce dont j’ai envie, là, à l’instant précis où mon énergie reçoit la tienne?

Faire l’amour avec toi est un voyage, un mystère, la magie incarnée. Le temps file dans le mouvement de nos corps qui s’aiment, jusqu’à ne plus sentir qu’une vague submerger nos sens. Si je me laisse aller alors je suis dans chaque mouvement, chaque dose de plaisir que tes mains, ton sexe, tes doigts, ta bouche me procurent. C’est enivrant. Mon corps te reçoit, se tend, accueille le choc, crie le plaisir qui me submerge sans savoir si je pourrais aller au bout. Ton corps entier me retient et je m’évanouis, riche de tant de toi.

Que ressens-tu dans ces moments là? Comment vis-tu cet impact?

Le temps d’avant était un temps lent, de peurs, d’attente, de “pas assez”. Il n’y avait ni partage, ni écoute. Juste une envie impalpable à assouvir et au creux du ventre une douleur sourde qui grandissait. Des injonctions à faire, à être. J’attendais que ça passe et les heures s’allongeaient. Le temps du désamour…

Tout était vide.

Aujourd’hui tout est vie!