Le langage érotique

Assise au fond du café, je les écoutais parler. Du dernier roman lu ou apprivoisé. Et puis des mots crus. Ils seraient des mots d’hommes. Uniquement. Des mots froids, des mots presque violents. Qui détruisent quelque chose à l’intérieur.

J’ai prêté l’oreille, je me suis déplacée légèrement pour entendre plus que quelques bribes ici et là. Je voulais en savoir davantage.

Elles se confiaient sur les mots, donc. Les mots qu’on attend des hommes pour décrire une scène érotique. Et ceux qu’on attend des femmes. Les mots des hommes dans la bouche des femmes relevaient du vulgaire. Les mots des femmes dans la bouche des hommes paraissaient mièvres.

Alors donc, nous en étions encore là. A l’heure de la parité, il existait un langage différent pour parler de sexualité, pour évoquer désir, plaisir, jouissance, pénétration, orgasme. L’homme pouvait être bestial mais la femme devait restée sobre. La femme se devait de suggérer quand l’homme devait tout montrer.

Pas choquée, juste un peu perplexe. Après tout je le sais, je participe moi-même au débat, j’abandonne moi-même certains mots que je trouve un peu trop scandaleux. Je fais attention, je suis sur la défensive (de crainte qu’on me juge hâtivement)  et j’admire ces femmes qui osent tout. Et encaissent tout aussi. Parce que l’audace n’est pas toujours bien accueillie, parce qu’elle est condamnée autant par le féminisme exacerbé que par le machisme de base, parce que dès qu’une femme se dévoile, nombreux sont ceux qui se croient tout permis et celles qui portent un regard accusateur.

A partir de quoi, de quand, l’écrivain doit se censurer? A partir de quoi, de quand, doit il arrêter de le faire?

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8 thoughts on “Le langage érotique

  1. Bon jour,
    L’autocensure est présente par défaut et cela quel que soit le sujet. Les mots sont les reflets de notre personnalité, culture, habitude, éducation … Le langage commun est formaté et pendant des siècles judo-chrétien. Mais pas que … car il y a les différentes strates de la société.
    L’auteur.e a ce privilège d’employer selon son bon vouloir les mots au regard d’une narration. S’il s’auto-censure il se rend esclave de son propre façonnage, sa singularité qui n’est pas mise à l’épreuve ou à jour le condamne à un territoire qu’il peut maîtriser mais qui le cloisonne … mais aussi qui peut le rassurer. En fait, tout cela est du ressort de l’intime.
    Quel mot employer pour telle situation ? Est-ce le bon personnage avec les bons mots en bouche ? etc
    L’auteur.e peut se poser la question : quel lectorat veut-il atteindre ? L’auteur.e en est-il à écrire pour lui-même sans tabou et qu’importe le qu’en-dira-t-on ?
    Chacun.e de trouver sa voie 🙂
    Max-Louis

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  2. Très juste. Il est vain de penser que l’écriture échappe à cela – éducation, culture, limites personnelles…
    Le tout est en effet à chacun de trouver sa voix/voie en s’affranchissant des codes établis (qui peuvent l’emprisonner)
    Merci pour le partage de votre réflexion sur ce sujet.

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