Nos accords

Ce sera l’été et comme la nuit
Un éventail infini de corps dénudés
Offerts au vent et à la pluie

L’été, le temps de vivre
Sous les feuillages verdoyants
Le temps d’être vivant

On se sera croisés
Un peu, irrémédiablement insouciants
Avec cette envie inépuisable
De vivre chaque jour plus intensément

Les grains de sable collés
Sur nos peaux déjà bronzées

Et le souffle d’un baiser
Qui nous tiendra éveillés
Jusqu’aux premières lueurs de l’aube

L’onde bleutée
Sur nos corps endormis
Se fera témoin de nos folies

Douces comme le satin
Inondant de clarté
L’enivrant supplice du matin

Il nous faudra nous éloigner
Quitter les draps chauds
Les frissons déposés

On retiendra les secondes
Comme d’autres supplient l’éternité
Pour que jamais ne se brise
L’accord qui nous fait trembler

Un soupir inaudible
Pour celui qui n’a jamais aimé.

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Nos limites

“T’aime ça, ça se voit! Elle est bonne ma bite. Vas y, suces, suces moi bien!”.

Mon dieu! Avec le recul, certaines choses nous paraissent affligeantes. Ce n’est pas tant les mots (ces mêmes mots peuvent très bien avoir leur place dans une relation intime, parce qu’à l’intérieur de cette relation, il y a des sentiments, de la confiance, de l’attention à l’autre), mais la façon de le dire, le ton, oui c’est ça le ton du mec qui se croit tout permis, parce que…parce que quoi déjà? Il y a toujours une excuse toute trouvée au manque de respect avéré de certains.

C’est aussi le retour en force d’une négation de soi. Accepter d’entendre ça et ne rien dire. Alors même que ça dépasse (largement) des limites que nous pensions bien ancrées. Mais quand on a accepté une fois de se faire traiter de “pute” sans réagir, c’est presque normal de s’écraser ensuite. Le respect de soi est un luxe qu’il faut ré-apprivoiser.

Dans certaines situations, on se retrouve encore, comme sous le joug, comme perturbé, à un niveau que personne ne peut saisir. On voudrait pouvoir hurler, mais on s’écrase, par habitude. On revient à une version antérieure de nous-même.

C’est perturbant sur le moment. Cette impression de n’être qu’un élément du décor, sur lequel on passera, juste pour passer. On se souvient de ces nuits tristes, à n’être qu’un orifice, un cratère aux contours brûlés. Ça cogne contre nos tempes. Et lui, il est là, avec ses mots qui écorchent tous nos pas en avant. En quelques secondes à peine, il vient mettre à mal l’estime que l’on gagne depuis peu, au gré des “non” que l’on pose. Parce qu’un jour on a décidé qu’on valait mieux que tous ceux qu’on a laissé jouer avec nos corps. Un petit jeu malsain.

On échouera encore, très certainement, avant de pouvoir poser des limites franches. Des limites que nous nous sentirons libres d’exprimer, que nous n’aurons pas à justifier.

Au plus près de toi

Me draper dans l’océan de tes bras
Si…
Danser sur le tempo de tes sens
Si…

La fièvre me gagne

Mon corps baigné de lumière
Hémisphère familier
Étranger

Attiré par ton corps
Territoire connu
Imprévu

Sentir sous mes doigts
La pulsation de ton sang
Imaginer…

Me laisser choir dans la contrainte
M’abandonner dans le reflet de tes contrastes
Me vider de mes attentes
Me remplir d’inattendus

Imaginer…

Les secondes suspendues
Le chaos vertigineux
Tout ce qui se brise à flanc de colline
Le choc primitif

Me couler dans un bain de toi
Si…

Retour (à la source)

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On oubliera vite
Ce qui hier encore nous paraissait
Insensé
On se fondera dans un décor
La foule des grands jours
Destins frôlés
Baisers volés

On oubliera vite
Les premiers pas dans le vide
Immense

On oubliera
Jusqu’au souffle déposé
Tout deviendra presque habitude

Et alors la magie s’envolera
Sans un bruit
Elle glissera sur nos corps
Désormais endormis

On ne prendra plus le temps
De s’apprêter
De se découvrir
De se regarder jusqu’à tout deviner
Tout ira vite comme une urgence
Comme si demain allait nous voler
Ce que nous n’avons pas su vivre

Le désir sera une performance de fin de soirée
L’orgasme, l’unique aboutissement d’ébats
Vite emballés

On se sera perdus de vue
Au milieu de la foule des grands jours
Nus dans nos habits communs

Plus rien d’extraordinaire
Que du banal
Plus de tremblements
Que du déjà vu
Plus que du sexe pour le “fun”
C’est ce qu’ils disent
Plus de grandes déclarations
Qui font des nœuds au ventre
Et nous laissent, haletants,
Imprégnés d’un bonheur que nous savons fragile
Que nous chérissons comme un cadeau

On oubliera un jour
Les perles de pluie
Sur nos peaux transies
Les marques satinées
L’abandon
Le don

Il n’y aura plus que des cris
Pour dire le plaisir
Plus que des paroles
Quant il y avait des émotions
Plus que des hypothèses cruelles
Quand il y avait des étreintes
Qui valaient tous les mots de la terre

On oubliera le goût de nos peaux
La saveur des baisers
La fougue
La soumission
Le cuir qui fend l’air
L’audace
La complicité dans un regard
La séduction
Dentelles et bas de soie
La suggestion
Les mains qui caressent
Les bouches avides
Le temps suspendu
La passion
Les surprises
L’envie pressante
Qui ne se contient pas

Le temps se bloquera
Sur ce qu’on n’aura pas su retenir
A force de vouloir plus

Suspendus dans le vide
Nous aurons encore le choix
De revenir à ce qui compte
Plus que tout
Aux sens et à l’essentiel
A ce qui nous ressemble
A nous.

Plurielle

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Crédit Pixabay

Il y a toujours eu cette dualité en moi.

J’ai toujours eu du mal à me positionner. A trouver mon équilibre.

Beaucoup de choses sont assez compartimentées dans ma vie. Comme des repères pour savoir où j’en suis, où je vais. Ce qui laisse parfois peu de place à la liberté d’être, tout simplement.

J’ai longtemps mis de côté une partie de moi. Parce qu’elle ne collait pas à l’image que l’on se faisait de moi. Tout comme elle ne collait pas à l’image que je me faisais de moi. Comment tout conjuguer?

J’avais l’impression qu’il me fallait choisir. Je ne pouvais pas être l’amante et la mère, douceur et érotisme, sensuelle et guerrière, abandon et organisation, vulnérable et forte.

Aujourd’hui encore les deux images parfois se télescopent. C’est moins déroutant qu’avant. J’arrive davantage à faire la part des choses. C’est un constant déséquilibre que j’oublie dans l’action. Et puis qui refait surface à la faveur d’un échange.

Je m’apprends chaque jour. Dans la légèreté. Comme dans les doutes.

Le plaisir: un voyage magique!

Il est des choses que l’on fait par plaisir. Et d’autres pour faire plaisir.

Aucun plaisir ne prime. Parfois le plaisir et le faire plaisir se mêlent.

Certains tirent leur plaisir du plaisir vécu par l’autre. D’autres s’offrent au plaisir de l’autre sans en tirer quoi que ce soit.

Ces notions sont subjectives. Ce que je ressens / comprends du plaisir ou du faire plaisir ne s’accordera pas forcément au ressenti / à la compréhension de tel autre.

Le plaisir de l’autre au détriment du sien. C’est quelque chose que je ne saisis pas. Pour l’avoir trop pratiqué peut-être. Pour avoir laissé le plaisir de l’autre faire du mien un vulgaire accessoire, un à-côté sans intérêt, sans importance.

Revenons-en au plaisir, à celui que l’on offre, plus précisément. Et que l’on prend aussi. Le donner implique que l’on regarde l’autre, que l’on s’imprègne de ce que l’autre vit, au moment où nos mains, nos bouches, nos sens l’effleurent, le touchent.

L’autre peut parfois rester indéchiffrable, c’est vrai. Alors mieux vaut les mots peut-être. Le plaisir est si riche, qu’il se décline à l’infini et se vit aussi, intensément, en soi et dans sa rencontre à l’autre. S’il est contenu, il devient triste. Un plaisir triste ce n’est plus du plaisir. Le plaisir s’inscrit dans un mystère, dans l’inconnu. Il se réécrit à chaque instant.

Je regarde beaucoup les femmes. Je les étudie. Je suis parfois fascinée et parfois déconcertée. Certaines semblent se plier à des volontés ou bien faire par habitude. Une caresse par habitude, quelle horreur ! Elles continuent leur ballet, sans passion. C’est pourtant tout, la passion. La sensualité, la grâce, la volupté. C’est quand même quelque chose de magique. Le toucher, quel qu’il soit, fait passer des messages. Les terminaisons nerveuses envoient des signaux. Il suffit d’un peu d’attention. A l’autre. A soi. Une caresse est un voyage, un vol d’oiseau, une explosion.

Ce n’est pas juste une caresse. Ce n’est pas juste du plaisir.

C’est l’expression pleine et entière de qui l’on est et de ce que l’on souhaite partager voir abandonner à l’autre. C’est une rencontre. Comme on le ferait pour un rendez-vous, s’apprêter, y inviter quelques grammes de soie, un peu de dentelle, un soupçon de fantaisie. Et se laisser emporter dans le tourbillon qui nous promet de splendides destinations…

(Il)légitime?

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Copyright Hédoné

Ce mot fleurit un peu partout.

Certains couples le clament haut et fort. Mais qu’est-ce qu’un couple illégitime?

A partir de quand, de quoi un couple rentre dans telle ou telle catégorie?

J’ai du mal avec les mots qui limitent. Qui enferment dans des cases morales. Qui nous valorisent peut-être (la tentation de l’interdit) ou bien mettent à mal nos valeurs (l’interdit devient source de souffrance).

De quoi est fait le couple? Qu’est-ce qui le compose? Qu’est-ce qui entrave son épanouissement?

Qu’est-ce que la légitimité? Le mariage? Ou les sentiments?

Je n’irai pointer personne du doigt. J’ai longtemps eu des principes moi aussi qui me disaient que telle voie ne pouvait être empruntée, au risque de…

Je me suis sentie maintes fois prisonnière d’un schéma de pensée qui me plaçait du côté de celles qui s’étaient trahies.

Ce n’est qu’à l’écoute de mes sens, de ce qui bat à l’intérieur de moi que j’ai pu faire face à mes propres démons. C’est en revenant à l’essence que je me suis retrouvée, loin des “on dit”. Je ne me pose plus la question de la “légitimité”. Mes sentiments sont vrais. C’est la seule valeur que je reconnais.

 

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©AfricaStudio-Fotolia_76975551_S

Son corps à elle se laisse porter, manipuler. Ses sensations sont insaisissables. Son corps ne dit rien ou presque. Il ne laisse rien filtrer. Il ne dit ni « oui » ni « non ». Il murmure tout juste. Il nous file entre les doigts. Il n’attend rien. Il ne donne rien. Alors on le laisse tranquille.

Son corps à lui s’offre. Sans équivoque. On le sent vibrer. On le sent plein de plaisir à faire naître. Son corps dit tout. Il donne tout. Nos doigts glissent dessus et découvrent des paysages inconnus. Ses doigts glissent en nous et font jaillir l’ivresse. On y prend goût. Son envie grandissante s’invite dans notre bouche. Doucement. La sensualité est de mise, le jeu savoureux.

Il va s’arrêter pourtant. On va s’écarter.

Les deux corps ne vibrent pas de la même intensité. Leurs désirs se déclinent au singulier. C’est dommage. A quatre, c’est beaucoup mieux. Quand l’un est lésé, le plaisir se tarit petit à petit. On recherche alors un toucher connu, une bouche voluptueuse à embrasser, l’odeur de la jouissance partagée.

Vague(s) de désir

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Crédit Pixabay

L’attente me semble interminable
De me noyer dans les hypothèses
De ton corps

Retrouver le goût de ta peau
Si salée
Si sucrée
Par endroits
Laisser ma langue traverser
Les marées de ton désir

Avec toi
Dans tes bras
Rien ne me fait trembler
Je suis passionnée
Je deviens audacieuse

Je perds mes repères
J’appréhende un déséquilibre qui me fascine
Sans feuille de route
Tout s’écrit au gré des destins croisés

Nos rendez-vous se peuplent de scénarios
A inventer

Le feu intérieur

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Crédit Pixabay

Elle la sait là. L’envie. Comme un feu brûlant, celui qui nait dans son ventre. Cette force vive. Une empreinte. Son repère.

Elle la sent monter, gagner du terrain. Elle peut dériver avec elle. Et alors elle court le risque de noyer ses forces, de voir le manque la vider de toute substance. Ou choisir de suivre l’impulsion. Celle qui la portera haut et lui donnera les clés pour voler.

Elle est là, l’envie, perceptible, si dense. Elle est dans le balancement de son bassin. Dans l’énergie de ses hanches. Dans la vague des spasmes qui la traversent quand son corps se souvient.

Elle nait de là son intuition, son inspiration. C’est dans cet ouragan des sens qu’elle grandit, s’épanouit, s’ouvre à la vie.